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9.11.2007

Mangue (1)


Mike Dowson



- Oh! Que c’est diable!

- Poufiasse! Tu n’es qu’un tas de ragots! Je tope pas quand tu joues à la fille de rue… De nuit! C’est crasse! Ça et tout le reste! Toi! Fous le camp! Tu piges pas que j’ai besoin d’espace pour construire mon château de poèmes? Et tu prends toute la foutre place! Tes résilles! Et ton magenta! Ça et ça!

- Oh! Oh! Mais arrête de faire ton show, man!

- Quoi?

- Schumann! Ton Schumann! Schu-mann! Arrête de le faire, ton Schumann!

Elle se tient la tête, gauche, droite, pour pas qu’elle croule. Sous la pression. De la bière pression. Ça serait bon! Sa tête c’est bonbon comme c’est joli : on dirait Eschyle, mais avec une goutte de… de… une goutte de sperme! Dans le visage! Les magazines, ils, elles nous disent des tas de sornettes, comme ci, comme ça : pour la peau, rien de plus mieux que ça. JE JURE. Le sperme, c’est écrit donc c’est comique, donne au teint une couleur orphique. Et nous, nous autres, on les croit. Mangue et moi, on les croit. Sur parole. Oh, eux autres ils parlent… Nous, on jure. Parjure! Parjure!

Mangue et moi, nous sommes, comme on dit par chez l’autre, nous sommes en… vie? violon? Comment on dit? Violent? Violet? Voilà. C’est ça : nous, on est en viol.

Mangue se tient la tête, avec ses cheveux Séville, qui brille comme mille villes, se tourne les pouces sur ses lèvres, en faisant un gros O rose avec sa bouche. Et elle chante, octave sur Ovide, grave comme vide. C’est ça qu’elle fait : suave, elle ride. On reste en dedans, en dedans de nous, et on passe notre temps à rider. Comme des fous! Nous!

C’est mieux que tous les autres, car nous, on sait comment ça marche. Comment ça fonctionne. Nous, nous sommes fonctionnaires. On sait à quoi ça rime la fonction de la vie. Ça rime avec pipi, zizi et hostie. On est pas du monde!

- On joue?

Mangue, elle, elle veut toujours jouer. Son truc, c’est pas presque drôle, c’est d’arriver à être sérieuse le moins possible. Mangue aime autant le sérieux que personne. Si le sérieux tu t’approches de nous, t’es pas mieux que mort! Sérieusement! Pas de badauderies! Je te laisserais jamais tâter Mangue. Pas une ride! Que tu oses! Ose! Et en moins d’un carême, je t’envoie valser, comme de la crème française dans du café! Comme n’importe quoi! Comme un ovni sur le sourire d’une folle de 15 ans!

- On joue, vieux, vieille branche, vieille bronchite? On joue?

- À quoi, Mangue? Tu veux jouer à quoi, encore? Je sors les fusils à l’eau?

- Allez!

- Les vieux costumes de savants britanniques?

- Va!

- Musique de cirque?

- Right! Go! Go!

Et ce soir, dans un septembre frais comme de la cirrhose, on a valdansé! Deux heures de temps! Quand on y pense, ça peut difficilement être deux heures de quelque chose d’autre. Deux heures de temps. Mais pas deux heures de diamètre. Deux heures de temps. Mais pas deux heures de diadème. On le sait que c’est du temps, deux heures! Regardez-les comment ils sont si sérieux! Eux autres! Avec leurs grands mots et leurs fadaises! Leurs grands airs! Ils sont ringards, comme des fraises! Des légumes! Ils se croient parfaitement ensoleillés en disant : deux heures de temps. Mangue et moi, nounou, on branle pas ça, on dit : deux heures de langue.

On s’est embrassé pendant deux heures de langue.

2 commentaires:

Mistral a dit…

Nice looking girl. Nourris-là un peu, quand même.

T'écris fort. Me like.

Mister B. a dit…

Vos bons voeux sont fort appréciés.

Je me réjouis de votre retour,

B.