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9.15.2007

Mangue (2)


Tom Waits


Mangue! Mangue! Elle s’est toute mise en toupie, recroquevillée comme un piano grec… Elle jouait, joue contre soûl, elle jouait avec sa croupe de sa main mime… Et ça rime à quoi? J’en savais que couic. Et d’ailleurs c’était toujours un coup de dé, son humeur à elle… Elle s’est mise ainsi à bramer brave, comme Platon qui aurait vu le choléra en face : Tu as encore des croupes à manger!

- Je pige, je sais, que j’ai chanté, je sais! J’en ai le crâne fourré raide… À force!

Faut pas tout escamoter : Mangue, elle m’adore vif. Mangue, c’est pas permis comment elle me dévisage dans son désir. On aurait dit des papillons! C’était du petit rêve! Et nos papilles, ce sont des sons : Mangue goûte Mahler. C’est sûr qu’elle goûte grave. Elle a des gouttes de dépression dans la paume de son cœur. Ça lui colle et ça lui colle : quand c’est humide c’est pire. Ça frise rose dans ces jours-là. Ça rase près d’être la grande bombe dans tout le corps.

Et Mangue, elle chuchote, chut, chut, qu’elle s’est rompue le cœur avec des contes pour enfants… Moi, j’horreur de ça. J’en crois pas un vilain mot. Et c’est traître comme le diable, ces affaires-là. Traître! Mangue, c’est pure. C’est pure cette fille-là comme si elle avait trempé ses secrets dans le rhum…

Je boirais vrai sa salive d’œil avec tout mon chagrin. Mais j’ai une sale peur d’être la sonate qu’elle va jouer avec ses doigts le matin mort de son suicide… Car c’est juré comme de l’eau de rose, que ça va nous déferler dessus…

Quand elle roucoule comme ça, assise en train de se donner plaisir, j’ai envie de la prendre, elle dans son âge, et la bercer avec mes saules. Mais la pluie a tombé sur l’orage.

Car au final j’horreur de ça, de la vie qui rôde railleuse… Radieuse! On passe toute la journée, au fond, à écrire des poèmes avec nos ongles dans le chêne des meubles… C’est immense comme c’est original! Il y en a des bouffées et d’autres, sur toute la galanterie du mobilier… Nous en sommes venus à penser que chaque pore de peau a sa tragédie propre.

Mais dans le crâne, je fascinais énorme… Je me voyais besogner en elle comme un couteau chaud dans du beurre mou… Même quand je me défendais du roupillon… Toujours! La lumière du jour, c’était d’aucun secours. Il en faudrait des orages pour essuyer le sperme de nos chagrins…

Mangue elle porte des robes, avec des imprimés de fleurs, très 1980… On fume des cigares. On chante stone des poèmes implexes, sur le divan, en courant en dessous des robes… Des robes! C’est en dessous de la table qu’on érige les plus douces mélodies du complot! Du con! De la peau! (De la Plaute!)

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