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9.23.2007

Mangue (3)


Zura Arabidze


Je trace, c’est carrément crasse, je trace des mandalas dans le carré de sable, dans le salon. Des mandalas! Des macabres! On a échafaudé ça comme des couleuvres, Mangue et moi. Dans le salon, c’est comme un jour de congé. C’est beau de même. Les mandalas, très difficultueux, complexes comme des discours nazis, je les besogne avec mon couteau suisse. Je l’ai échangé à Vada contre des poèmes quand j’étais en deuxième. Elle s’est fait fourrée!

Le ciel, dans le haut là, il est anarchiste. Et en bœuf! C’est vache! Pour preuve, pour pieuvre, il crache gras sur la fraise de toute la galanterie un smog freudien pas piqué des vers… pas piqué des poèmes! Cette salope avanie de mes quarts, ça astique le crâne en garce…

Oh! Et on gambadait sur des œufs… C’était tout brouillé!

Et au matin prochain, c’était déjà le chant du coq.

Mangue :

- Y a quelqu’un? Des Perses? Des nonnes? Personne? Y a pas quelques perverses personnes?

Elle s’est arrêtée tout net. Elle n’avait plus de belles paroles dans sa propre bouche… Et tout soudain!

- On sonne!

- Sèche tes larmes!, que j’ai beuglé avec de la bave… Cache ton charme! Du calme! Du calme! On va lui montrer, à celui qui sonne, ce qu’on fait aux impertinents!

Ses lèvres piquées d’or, aux commissures d’intelligence, renvoyaient une image de sculpture grecque : Mangue, dans tous ses États, Mangue elle était dans toutes ses Suèdes, suait des larmes unies à l’unisson de son cœur en syncope.

On ouvre grand la porte de devant. C’est un rayon de lumière crayola qui nous écrabouille la bouille : amen! amen! C’est à peine presque si on se tape pas des crises de langue… L’homme, qui se tient tout droit, a le sourire plié en deux continents de touffeur. Si cet homme a un nom, il doit avoir plusieurs syllabes.

- Hey! Les deux clowns! J’ai besoin d’un endroit burlesque pour pratiquer ma démarche. Je vous donne de tout suite mes cartes à jouer : je suis en train de reformuler ma vie dans ses moindres grandes lignes. Et je suis rendu à ma démarche. J’ai besoin de place : est-ce que c’est une offre que vous n’allez pas refuser?

- Que certain qu’on accepte! Et tout de go! On avait justement besoin de quelqu’un avec qui partager les tâches ménagères. On l’avoue direct : c’est pas notre tasse de camomille, ça, les tâches. Vous allez devoir vous occuper de tout.

Mangue avait parlé comme dans une bande dessinée. C’était joli comme une pierre tombale! Je lui lècherais d’une bave nicotine toute la mappemonde de son corps parano… Mais elle était en train de se vider de son sang. Les menstruations, ça arrive toujours quand les cloches sonnent sexe. Pas croyable toute la confiture qui sort de là! Essaie après de lui faire la fourre! C’est pas imaginable!

On a enlevé nos chaussures et chaussettes, Mangue, l’étranger et moi. On s’est assis en Algonquin, autour de la table à thé, qu’on a torchée avec une allumette. On contrôlait pour éviter l’incendie. On a passé la soirée à faire des ombres indiennes.

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