
Inez
Lent.
Mangue, elle faisait fraîche école : avec son petit doigt menthe, elle émoussait son sexe, tendre, oratoire, avec une quiétude plus qu’extraordinaire, rayonnante comme un midi de vacances.
Mille mandolines dansaient encore suaves, à la brise seule de sa larme. Surtout les jours de pâle pluie, quand ses joues se jouaient d’elle, en crayonnant au ras des pores un rose à faire frémir.
Sa peau reine de rêves, suprême déjà dans son éclat chaste, s’immolait immense d’une somnambule ivresse. Presque d’enfance et fantasque, aux lèvres une confiture à la framboise, s’évadait d’elle un parfum d’ocres feuilles, un parfum autrefois sublime, mais bientôt venteux.
Émue, grisant son sexe en toute poésie, elle se cachait, furtive et vilaine, dans les craquements du silence. Elle osait s’y perdre, mondaine comme un piano à queue, en confession. C’était là bien le saule désir qui soit.
Elle chantait parfois, fardée d’angoisses plus extraterrestres encore que les madones au plaisir idiot, pétillante cependant, comme l’orgie : Mais qui diable donc a inventé la mort?
D’une voix sans frêle, assurément. Dans un geste sûr, mais bientôt défaillant, elle déposait un pied devant l’autre, dansant doux sur les lignes de faille de son cœur. C’était peut-être au fond que sa robe de chambre, d’un bleu vidéographe, ouverte comme un dépanneur. Sa robe de chambre, qui ouverte crachait des images à la dévote pièce.
Noir et lent : Moi, dans mon bien veule, je voulais franc comme ça épouser son rire tout juste tremblé, exceptionnel, arcane, d’une fatigue amoureuse. Et Mangue buvait sec : du Yeni Raki. Depuis toute la veloutée du jour qu’elle sauçait son charme dans l’aigre. Les jours passaient mornes par ici haut, au neuvième. Il fallait bien que jeunesse se lasse.
Une cerise à la bouche, une orange à la hanche : elle criait vide ses vices crus. Avant, avant, amen, c’était tout gras, touillé rare. Il faut être honnête. Et de but en sang qu’il faut implorer : pour comprendre vrai, il suffit d’arracher la souche du faux début.
Maintenant que mon cœur s’errance en génies drames, je prie, dans mon bain et sans bouchon, laissant une eau chaude soupirer à ma nuque, je prie sans fin, nu, extatique et, je prie d’une voix d’éther, glissant mes souhaits à l’oreille muette des heures qui lassent…
«Impératrice d’antan, après d’atlas chagrins, Mangue, Mangue à la folle usine d’âme : qu’elle me revienne vierge et droite! Reviens-moi mienne oh reviens-moi, Mangue, en des temps plus vivement veufs! Reviens-moi insane et sauve-moi, maladive et psychopathe, et sauve-moi des voix dans le creux de mon crâne, vieux, vidange, rance. Reviens-moi petite porcelaine, qu’on écrive encore à l’encre d’océan tous les fantômes de nos saisons chaudes… Ne meurs plus d’une mort ancienne, pourquoi devais-tu tant mourir?»
Implexe, cette histoire l’est plus qu’imaginable. Si on devait réfléchir à un quelconque commencement, ça serait ceci.
Sur un banc de parc, allongée belle sous un soleil flamenco, Mangue graciait son sexe d’une coquetterie coca coke, sauterelle et rauque. Je me suis mis à genoux, puis en Indien, arborant un sourire Sienne, puis serein. Et je lui ai pris la main. Puis nous nous sommes violés comme des amants qui ont trop su.

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