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11.30.2007

Je dors je dors


Jean Jacques André


I.

La tempête s’ouvre sur la neige,
les cloches sonnent,
les heures se vannent et notre porte dort
après l’orage
après c’était toujours plus doux,
plus sauvage et doux,
tes seins à fleur fourrure.


II.


Cauchemar crâne, ciel et langue,
de son visage Verdi elle écartait le fantôme
fermant fanés les yeux pour mieux voir,
mieux miroir et l’œil mariage,
la vie est théâtre – l’iris des songes
car nous pouvons toujours mourir mime

Avec toi je meurs merveilleusement,
en inventant d’autres premières fois
et peur pantin,
alors elle s’est exprimée grâce dans une saveur
qui n’existe pas,
sur ma langue une sèche scène,
qui s’orchestre d’or :
Reste.


III.


Quand toute en cirque, neuve France,
chantant baroque et voque,
dans la nuit virus tu m’accompagnes,
échappant à la vie qu’on ne drame
de tes cuisses l’ombre les reins miraculeux,
Puis c’était un baiser que la nuit évoque
puis c’était une feuille ocre, toute morte,
c’était ma main sur la bouteille
ton cœur diadème,
et sur toi, ma belle, peau porto et suicide,
ta voix qui s’ouvrait Callas
de jouissance s’enivre comme un astre,
le rêve mime le rêve et tes mains nues
sur mon cœur le tien
de battre de battre nos cœurs ensemble
se battent à mains nues


IV.


J’ai échappé mon gant, dit-elle,
Un gant grand de noir, joue joug,
le jeu est un songe vrai,
Je suis à la recherche du gant perdu,
de sa voix flamande et flamenco,
elle parlait en signes sophistes et
sophistiqués.
Je n’ai pas le temps de le retrouver,
dis-je.



Jean Jacques André



V.


Ta bouche songeuse comme un cerveau agrandi
tout cet opium qui nous ronge fortunés,
que nous fumions fraises et ogive,
lisiblement et oh! vive,
les seringues sommeils, Joy Division,
tes reins à travers lesquels l’aube,
sur tes seins olives mes mains
ensemble salive,
sur ta vertige peau de vaccin,
toi la seule que j’entends,
que j’entends buvant voguant
comme une sirène de police
comme une usine d’orgasmes geints
amorosa et orthographe,
de la codéine nos cœurs astreints

Ton gémir est un orgue
quand nos regards chauffards s’embrasent Fellini
toute seule dans tes veuleries
toute veule dans tes soûleries
et toi nue à toi seule et émue
ta vulve braillarde s’est tue
comme l’hirondelle l’orgie
qui pleurent encore des envies océanes
les heures s’hallucinent avant nous
et nous colorent mascara,
masque aura,
une caresse nous renverse et perverse
comme un lit d’ombres londoniennes
latex,
cigarettes et larmes larmes
que tu cries bercée de va et vin,
ton jouir en bonhomme de cire

Avant que ne meurent les leurres,
cette petite syncope atroce
dans ton œil et féroce et forte,
j’ai aimé tous tes contes très doux,
mais ne voyage fou, plus d’âmes aristos,
psychopathes et très haut,

Lequel de nous deux est plus mythe
que l’autre?


VI.


Tu es arrivée grandiose, rose,
dans une grande robe ample,
extraterrestre et verte,
et France,
danse, danse,
rose et noire et blanche.


VII.


Je ne sais pas qui je suis,
le sais-tu?

à peau d’âme nous avons joui à gorge déployée
ta mangue d’Ève qui tambourine
ambiance bass, baise,
qui tambourine,
derrière la buée de nos sueurs eucalyptus,
avec mon doigt j’ai tracé
ton nom,
sur ton corps avec mon doigt,
tous les noms du monde.


VIII.


La neige s’est fermée sur le temps,
peut-être que les cloches tonnent
les heures se vident sous l’or,
notre porte sauge,
après la rage
après c’était toujours plus fou.

10.20.2007

Parano et pornographe


Lerock



Des monstres, entre minuit et minuit,
sur ta peau requiem, au riche fusain d’extrême,
ta peau pieuse du XXIe siècle, sciemment s’âme,
et cent ans baroque sans l’ange,
à la venteuse, et octobre glace l’os,
sous France, ta peau Bastille, au sucre mariage,
et chante,
une prison dont les barreaux seraient faits
d’une symphonie-suicide

Mais ton hymen immense, qui se déballe menteur,
qui se décarcasse, se démène, dans la nuit noiraude,
mienne,
danse et danse au corps malade de fièvre,
qui baigne dans le chaud du bain,
cigarettes et latex,
au cœur frêle : chance est que je m’y étrangle
une promesse que tout buvard exorcise

S’étrange et langue, ma belle, comme autrefois bellement,
tes tabous d’absence s’y aorte
Je m’en souviens comme un lendemain de veilleuse
en fumée de feuilles mortes, mère des sourires
et vils rires
corsages et jupons voletaient, en temps et jeux
comme des papillons qui auraient trop bu

Du temps maintenant mien et gare
je prie tout fort, cigare,
sur les chemins de fer qu’étaient tes jambes,
Mangue,
sur le matelas, en Indien, assis, asile,
Je m’ennuie de tes océans Pacifiques
ballotant borgne et badaud, sur le matelas,
Au milieu de la houle que ton souvenir broie
à la salive sida, si seulement,
L’amour rend Borges

Et je bois d’impossibles recueils,
à la lueur cire, miracle,
en comptant les orgasmes avant de m’endormir
Des monstres en toi s’entrelacs, farouches,
Mangue,
entre moi et moi et doigts, d’arabesques,
jouis-moi au jour ventouse

J’ai épousé éperdu en l’an de tes yeux
ta gorge en poignard de méduse, brumes et sonates,
et aux mausolées de tes mensonges s’immolent,
à la mâle heure que je sonne,
viens-moi vive,
vivre en d’autres feux industriels,
la mélancolie de tes cris l’hiver
que tu respires reine le soufre de mes rêves

Quand très ivre, j’allai scintillant,
aux pharaons de tes cuisses et tendre, tendrement,
que de fois encore, j’absinthe et l’or,
en d’aubes plus irrespirables sans toi,
à la douce brûlure de ton cou cercueil,
ton cou fou, fou,
et les hiboux syllabes dans ton regard si valve,
Entre tes jambes, j’avançai jaguar,
où je m’envolai voleur

Tu parles folle avec ton sourire de vin fauve,
tu parles sans vrai,
J’ai oublié le goût de ton mascara
tant tellement tes larmes menthes

Froide, muette, hymen menteur, menteur,
aux rages d’artifices, aux prisons d’amantes
et cours, cours,
loin, loin,
ta peau,
ta peau que j’ai lavé dans le temps
de le dire

Depuis que je me suis fourré le doigt dans le deuil,
j’ai lavé l’encre.

10.01.2007

S'embrasser à l'angle d'un pigeon


Sam Haskins


1.

Je te connais du bout des doigts
on s’aimera et
on se fera mettre à l’Index

2.

Toi et
Moi
Martini en fleurs et vivre
J’ai fait d’un verre deux soûls

3.

Moiteur iPod et abracadabra
nous nous sommes aimés dans de beaux draps
propres – ma Belle! ma Belle!
Et nous sommes sortis de la buanderie
comme on sort du garde-robe

4.

Bras dessus et brassière dessous
Titubant et fièvre
Devant un 4 et
1\2
J’ai inséré la clé dans la porte comme d’un spectre
Sale de mensonges ma belle prolétaire, ma Belle
Je t’ai acheté un bouquet de cirrhose

9.28.2007

Mangue (4)


Inez


Lent.

Mangue, elle faisait fraîche école : avec son petit doigt menthe, elle émoussait son sexe, tendre, oratoire, avec une quiétude plus qu’extraordinaire, rayonnante comme un midi de vacances.

Mille mandolines dansaient encore suaves, à la brise seule de sa larme. Surtout les jours de pâle pluie, quand ses joues se jouaient d’elle, en crayonnant au ras des pores un rose à faire frémir.

Sa peau reine de rêves, suprême déjà dans son éclat chaste, s’immolait immense d’une somnambule ivresse. Presque d’enfance et fantasque, aux lèvres une confiture à la framboise, s’évadait d’elle un parfum d’ocres feuilles, un parfum autrefois sublime, mais bientôt venteux.

Émue, grisant son sexe en toute poésie, elle se cachait, furtive et vilaine, dans les craquements du silence. Elle osait s’y perdre, mondaine comme un piano à queue, en confession. C’était là bien le saule désir qui soit.

Elle chantait parfois, fardée d’angoisses plus extraterrestres encore que les madones au plaisir idiot, pétillante cependant, comme l’orgie : Mais qui diable donc a inventé la mort?

D’une voix sans frêle, assurément. Dans un geste sûr, mais bientôt défaillant, elle déposait un pied devant l’autre, dansant doux sur les lignes de faille de son cœur. C’était peut-être au fond que sa robe de chambre, d’un bleu vidéographe, ouverte comme un dépanneur. Sa robe de chambre, qui ouverte crachait des images à la dévote pièce.

Noir et lent : Moi, dans mon bien veule, je voulais franc comme ça épouser son rire tout juste tremblé, exceptionnel, arcane, d’une fatigue amoureuse. Et Mangue buvait sec : du Yeni Raki. Depuis toute la veloutée du jour qu’elle sauçait son charme dans l’aigre. Les jours passaient mornes par ici haut, au neuvième. Il fallait bien que jeunesse se lasse.

Une cerise à la bouche, une orange à la hanche : elle criait vide ses vices crus. Avant, avant, amen, c’était tout gras, touillé rare. Il faut être honnête. Et de but en sang qu’il faut implorer : pour comprendre vrai, il suffit d’arracher la souche du faux début.

Maintenant que mon cœur s’errance en génies drames, je prie, dans mon bain et sans bouchon, laissant une eau chaude soupirer à ma nuque, je prie sans fin, nu, extatique et, je prie d’une voix d’éther, glissant mes souhaits à l’oreille muette des heures qui lassent…

«Impératrice d’antan, après d’atlas chagrins, Mangue, Mangue à la folle usine d’âme : qu’elle me revienne vierge et droite! Reviens-moi mienne oh reviens-moi, Mangue, en des temps plus vivement veufs! Reviens-moi insane et sauve-moi, maladive et psychopathe, et sauve-moi des voix dans le creux de mon crâne, vieux, vidange, rance. Reviens-moi petite porcelaine, qu’on écrive encore à l’encre d’océan tous les fantômes de nos saisons chaudes… Ne meurs plus d’une mort ancienne, pourquoi devais-tu tant mourir?»

Implexe, cette histoire l’est plus qu’imaginable. Si on devait réfléchir à un quelconque commencement, ça serait ceci.

Sur un banc de parc, allongée belle sous un soleil flamenco, Mangue graciait son sexe d’une coquetterie coca coke, sauterelle et rauque. Je me suis mis à genoux, puis en Indien, arborant un sourire Sienne, puis serein. Et je lui ai pris la main. Puis nous nous sommes violés comme des amants qui ont trop su.

9.23.2007

Mangue (3)


Zura Arabidze


Je trace, c’est carrément crasse, je trace des mandalas dans le carré de sable, dans le salon. Des mandalas! Des macabres! On a échafaudé ça comme des couleuvres, Mangue et moi. Dans le salon, c’est comme un jour de congé. C’est beau de même. Les mandalas, très difficultueux, complexes comme des discours nazis, je les besogne avec mon couteau suisse. Je l’ai échangé à Vada contre des poèmes quand j’étais en deuxième. Elle s’est fait fourrée!

Le ciel, dans le haut là, il est anarchiste. Et en bœuf! C’est vache! Pour preuve, pour pieuvre, il crache gras sur la fraise de toute la galanterie un smog freudien pas piqué des vers… pas piqué des poèmes! Cette salope avanie de mes quarts, ça astique le crâne en garce…

Oh! Et on gambadait sur des œufs… C’était tout brouillé!

Et au matin prochain, c’était déjà le chant du coq.

Mangue :

- Y a quelqu’un? Des Perses? Des nonnes? Personne? Y a pas quelques perverses personnes?

Elle s’est arrêtée tout net. Elle n’avait plus de belles paroles dans sa propre bouche… Et tout soudain!

- On sonne!

- Sèche tes larmes!, que j’ai beuglé avec de la bave… Cache ton charme! Du calme! Du calme! On va lui montrer, à celui qui sonne, ce qu’on fait aux impertinents!

Ses lèvres piquées d’or, aux commissures d’intelligence, renvoyaient une image de sculpture grecque : Mangue, dans tous ses États, Mangue elle était dans toutes ses Suèdes, suait des larmes unies à l’unisson de son cœur en syncope.

On ouvre grand la porte de devant. C’est un rayon de lumière crayola qui nous écrabouille la bouille : amen! amen! C’est à peine presque si on se tape pas des crises de langue… L’homme, qui se tient tout droit, a le sourire plié en deux continents de touffeur. Si cet homme a un nom, il doit avoir plusieurs syllabes.

- Hey! Les deux clowns! J’ai besoin d’un endroit burlesque pour pratiquer ma démarche. Je vous donne de tout suite mes cartes à jouer : je suis en train de reformuler ma vie dans ses moindres grandes lignes. Et je suis rendu à ma démarche. J’ai besoin de place : est-ce que c’est une offre que vous n’allez pas refuser?

- Que certain qu’on accepte! Et tout de go! On avait justement besoin de quelqu’un avec qui partager les tâches ménagères. On l’avoue direct : c’est pas notre tasse de camomille, ça, les tâches. Vous allez devoir vous occuper de tout.

Mangue avait parlé comme dans une bande dessinée. C’était joli comme une pierre tombale! Je lui lècherais d’une bave nicotine toute la mappemonde de son corps parano… Mais elle était en train de se vider de son sang. Les menstruations, ça arrive toujours quand les cloches sonnent sexe. Pas croyable toute la confiture qui sort de là! Essaie après de lui faire la fourre! C’est pas imaginable!

On a enlevé nos chaussures et chaussettes, Mangue, l’étranger et moi. On s’est assis en Algonquin, autour de la table à thé, qu’on a torchée avec une allumette. On contrôlait pour éviter l’incendie. On a passé la soirée à faire des ombres indiennes.

9.17.2007

Interlude en rogne gorge


William S. Burroughs



Helen,

La brise est venue.

Par une soirée venteuse, à la campagne.

J’étais à manœuvrer le poêle, bûches par bûches. Sur le rond, j’avais une base de soupe, qui roucoulait, jetant dans la maison d’intimes fragrances. Tu sais pertinemment bien que j’ai toujours raffolé des odeurs. C’est ainsi que je suis venu à toi. Comme la brise.

Je me souviens déjà d’aise, quand tu relevais ta jupe de vanille. Je m’appliquais à déposer sur tes cuisses des baisers doux, frisquets. Ton regard rouge d’avoir tant pleuré m’effrayait, même depuis tout ce temps. La vie ne t’a jamais fait de cadeaux. Pas d’erreur. La vie ne t’a jamais fait de présents. Tu passais tout ton temps dans le passé. Si bien que tu t’en inventais aussi, des mémoires. Les mêmes, des noires.

Avec tout ça, je n’ai pu me mettre en tête certaines coïncidences. Étais-je qu’une fabrication de ton oisiveté? Au départ, j’étais beaucoup trop vif pour remarquer le danger. Pas le moindre, que je me disais. Ta frayeur chaque fois qu’on s’allongeait, sous les draps, nos draps si fauves, m’a constamment fait l’effet d’une surprise. Baroque, clownesque, toute détente devenait illusion : je ne pouvais vivre avec toi que morcelé par les mystères que tu cachais au fond de ta pupille noire.

Et pour être noire, tu l’étais, davantage encore qu’un ciel de la fin du mois d’octobre. En ces temps-là, notre amour s’imbriquait, devenait difficile. Moi je te faisais sans cesse des roses. C’est à peine si je ne me foutais pas en rogne contre le vent, qui venait te décoiffer, décoiffer ta tête si, si… Comment dire? Cette belle tête de femme, pas tout à fait expérimentée, pas encore vieille, ni jeune, mais exquise, splendide, ou quelque chose d’approchant, en tout cas ; quelque chose comme ça.

Je crois que c’est ainsi que je te voyais. Dans ma pâleur, ma vie aux lueurs hâves et sombres, je n’avais que toi pour me décapsuler, pour me faire jaillir d’une folie tranquille, presque ordinaire. Je pouvais des heures durant épouser ta peau de mes mains d’âme, sentant le désir comme une douleur précise. Je ne te voulais aucun mal, mais je sentais le piège. Je voyais en toi un délire unique. Cela étant, c’est dans ton toucher que j’ai su que quelque chose d’immensément grave, caverneux, allait bientôt survenir. Dès lors, j’ai voulu te protéger.

Après tout, Helen, feu de mes reins, feu de mes râles, je t’aimais que pour t’aimer, je t’aimais comme on aime une musique délicate, une musique qui nous fait rêver, qui nous aide à prendre sommeil quand la nuit se fait trop longue. Les nuits longues.

«Mais non Alex… Puisque je t’assure que tout colle pour le mieux… Ne t’inquiète pas pour moi… Pauvre toi! Cesse de te faire de la bile… Le mauvais sang, c’est pour les idiots…»

Et peut-être l’étais-je, idiot. Car je ne te croyais pas. J’avais une conviction si âpre, vraiment claire, comme quoi tu allais bientôt tomber dans les griffes d’une tentation sordide. La situation, bien que désespérante et bientôt morne, me transportait dans un état de transe.

D’abord, tes mensonges. Ton faux passé que tu te créais. Tant et tant qu’un beau matin d’automne maladif, tu es venue, en robe de chambre, ouverte à la poitrine, de sorte à laisser entrevoir de doux et transparents mamelons, tu es venue me raconter des broutilles, des histoires à dormir réveillé.

«Alex… Ça ne peut plus continuer ainsi! Je me tourmente! Je me fais si violence, avec toi… Tu sais bien que frère et sœur, c’est pas demain la veille qu’on pourra sortir au grand jour… Devant tout le monde! Tu t’imagines? Qu’en dira-t-on?»

Je mettais tes hallucinations sur le dos de la passion… Je ne pouvais guère croire que tu t’étais mise à penser que nous étions du même sang. C’est à cette époque exactement que je me suis mis à élaborer mon plan : il fallait te sortir de prison, t’emmener ailleurs. J’ai choisi la campagne.

J’ai choisi de te couper avec le ciseau de ma folie.

Sur le rond, j’ai une base de soupe. Thym, bouillon de bœuf et toute ta peau. Que j’ai tailladée tiède, ce matin même, à petits coups de bouchons de bière. Frère! Oh! Si jamais tu ne combles plus jamais mes chastes prières de ta beauté psychopathe, je te verrais du moins dans ma soupe.

Que je prépare, sur le rond… Ça chauffe et je tourne… Je tourne en rond.

9.15.2007

Mangue (2)


Tom Waits


Mangue! Mangue! Elle s’est toute mise en toupie, recroquevillée comme un piano grec… Elle jouait, joue contre soûl, elle jouait avec sa croupe de sa main mime… Et ça rime à quoi? J’en savais que couic. Et d’ailleurs c’était toujours un coup de dé, son humeur à elle… Elle s’est mise ainsi à bramer brave, comme Platon qui aurait vu le choléra en face : Tu as encore des croupes à manger!

- Je pige, je sais, que j’ai chanté, je sais! J’en ai le crâne fourré raide… À force!

Faut pas tout escamoter : Mangue, elle m’adore vif. Mangue, c’est pas permis comment elle me dévisage dans son désir. On aurait dit des papillons! C’était du petit rêve! Et nos papilles, ce sont des sons : Mangue goûte Mahler. C’est sûr qu’elle goûte grave. Elle a des gouttes de dépression dans la paume de son cœur. Ça lui colle et ça lui colle : quand c’est humide c’est pire. Ça frise rose dans ces jours-là. Ça rase près d’être la grande bombe dans tout le corps.

Et Mangue, elle chuchote, chut, chut, qu’elle s’est rompue le cœur avec des contes pour enfants… Moi, j’horreur de ça. J’en crois pas un vilain mot. Et c’est traître comme le diable, ces affaires-là. Traître! Mangue, c’est pure. C’est pure cette fille-là comme si elle avait trempé ses secrets dans le rhum…

Je boirais vrai sa salive d’œil avec tout mon chagrin. Mais j’ai une sale peur d’être la sonate qu’elle va jouer avec ses doigts le matin mort de son suicide… Car c’est juré comme de l’eau de rose, que ça va nous déferler dessus…

Quand elle roucoule comme ça, assise en train de se donner plaisir, j’ai envie de la prendre, elle dans son âge, et la bercer avec mes saules. Mais la pluie a tombé sur l’orage.

Car au final j’horreur de ça, de la vie qui rôde railleuse… Radieuse! On passe toute la journée, au fond, à écrire des poèmes avec nos ongles dans le chêne des meubles… C’est immense comme c’est original! Il y en a des bouffées et d’autres, sur toute la galanterie du mobilier… Nous en sommes venus à penser que chaque pore de peau a sa tragédie propre.

Mais dans le crâne, je fascinais énorme… Je me voyais besogner en elle comme un couteau chaud dans du beurre mou… Même quand je me défendais du roupillon… Toujours! La lumière du jour, c’était d’aucun secours. Il en faudrait des orages pour essuyer le sperme de nos chagrins…

Mangue elle porte des robes, avec des imprimés de fleurs, très 1980… On fume des cigares. On chante stone des poèmes implexes, sur le divan, en courant en dessous des robes… Des robes! C’est en dessous de la table qu’on érige les plus douces mélodies du complot! Du con! De la peau! (De la Plaute!)

9.11.2007

Mangue (1)


Mike Dowson



- Oh! Que c’est diable!

- Poufiasse! Tu n’es qu’un tas de ragots! Je tope pas quand tu joues à la fille de rue… De nuit! C’est crasse! Ça et tout le reste! Toi! Fous le camp! Tu piges pas que j’ai besoin d’espace pour construire mon château de poèmes? Et tu prends toute la foutre place! Tes résilles! Et ton magenta! Ça et ça!

- Oh! Oh! Mais arrête de faire ton show, man!

- Quoi?

- Schumann! Ton Schumann! Schu-mann! Arrête de le faire, ton Schumann!

Elle se tient la tête, gauche, droite, pour pas qu’elle croule. Sous la pression. De la bière pression. Ça serait bon! Sa tête c’est bonbon comme c’est joli : on dirait Eschyle, mais avec une goutte de… de… une goutte de sperme! Dans le visage! Les magazines, ils, elles nous disent des tas de sornettes, comme ci, comme ça : pour la peau, rien de plus mieux que ça. JE JURE. Le sperme, c’est écrit donc c’est comique, donne au teint une couleur orphique. Et nous, nous autres, on les croit. Mangue et moi, on les croit. Sur parole. Oh, eux autres ils parlent… Nous, on jure. Parjure! Parjure!

Mangue et moi, nous sommes, comme on dit par chez l’autre, nous sommes en… vie? violon? Comment on dit? Violent? Violet? Voilà. C’est ça : nous, on est en viol.

Mangue se tient la tête, avec ses cheveux Séville, qui brille comme mille villes, se tourne les pouces sur ses lèvres, en faisant un gros O rose avec sa bouche. Et elle chante, octave sur Ovide, grave comme vide. C’est ça qu’elle fait : suave, elle ride. On reste en dedans, en dedans de nous, et on passe notre temps à rider. Comme des fous! Nous!

C’est mieux que tous les autres, car nous, on sait comment ça marche. Comment ça fonctionne. Nous, nous sommes fonctionnaires. On sait à quoi ça rime la fonction de la vie. Ça rime avec pipi, zizi et hostie. On est pas du monde!

- On joue?

Mangue, elle, elle veut toujours jouer. Son truc, c’est pas presque drôle, c’est d’arriver à être sérieuse le moins possible. Mangue aime autant le sérieux que personne. Si le sérieux tu t’approches de nous, t’es pas mieux que mort! Sérieusement! Pas de badauderies! Je te laisserais jamais tâter Mangue. Pas une ride! Que tu oses! Ose! Et en moins d’un carême, je t’envoie valser, comme de la crème française dans du café! Comme n’importe quoi! Comme un ovni sur le sourire d’une folle de 15 ans!

- On joue, vieux, vieille branche, vieille bronchite? On joue?

- À quoi, Mangue? Tu veux jouer à quoi, encore? Je sors les fusils à l’eau?

- Allez!

- Les vieux costumes de savants britanniques?

- Va!

- Musique de cirque?

- Right! Go! Go!

Et ce soir, dans un septembre frais comme de la cirrhose, on a valdansé! Deux heures de temps! Quand on y pense, ça peut difficilement être deux heures de quelque chose d’autre. Deux heures de temps. Mais pas deux heures de diamètre. Deux heures de temps. Mais pas deux heures de diadème. On le sait que c’est du temps, deux heures! Regardez-les comment ils sont si sérieux! Eux autres! Avec leurs grands mots et leurs fadaises! Leurs grands airs! Ils sont ringards, comme des fraises! Des légumes! Ils se croient parfaitement ensoleillés en disant : deux heures de temps. Mangue et moi, nounou, on branle pas ça, on dit : deux heures de langue.

On s’est embrassé pendant deux heures de langue.

8.14.2007

Mon enfance s’appelle Nabokov


Gustav Klimt


Astronaute pour Lili,

Celle de son ciel seul à qui fable s’ombre, elle s’allume, fume en algues, des baisers d’aquarelle. Ces immortelles saisons sauvées par la bouche du suicide… Celle dont le vœu s’envole bleu au négatif d’un chanvre noir. Espérer mains et mers, fiels, quand la montée vermeil… Quand monter au ciel avec du cyanure…

Se console sarcophage, avec des fleurs Coltrane, où se lianent en veines d’océanes vilenies ; j’ai épousé de mort ta praline peau d’ovni. Et dans les vents les noyés brûlent! Et dans les champs les enfants inventent des mandalas macabres…

Si mer pâle dans la Manche de tes cuisses Vasco, une camisole d’alphabet pour toute force, j’ai semé mon bassin dans la fosse aux lions. Au petit minuit d’asthme, de répondre une voix vaudeville, qu’un cimetière plein de chagrin d’orgues…

Nu comme un quatrain, d’insane s’en moque, ou d’Éros fane, j’ai oublié de me pendre avec une corde de tango.

Et mes frissons en jeunes catastrophes, nuque nicotine, où je prends en Égypte tout bouquet de mélancolie. Et et et, d’orgie m’Irak, d’inconsolables pianos, lorsque ton iris m’anthrax, comme une odeur d’où ma vie s’éloigne en bégayant.

Au secours d’années qui lassent, j’ai pris le tramway de ton secret. Creuser à chercher, au-delà du coffre-fort dans lequel tu caches ton heure. Outre-tombe tomber tombe je tombe, en ovation à la dose. Mais sombre! Où d’hypnose, je pose, où je colle les rognures de mon crâne avec des écumes magiciennes…

Séparé de mon nom à épeler tes seins, à mes oreilles lièvres une tourelle de salive rauque, que je perds conscience à tant étudier le battement de mes lettrines complexes. Tant d’âcre pour d’encre, à rompre mon sang dans le vin des matins inhabitables. J’ai espéré la méduse en sous-vêtements. Mais elle ne faisait que givre, katana d’âme.

Milan et ; ET – je voudrais mourir d’apnée dans ta salle de reins.

8.13.2007

Fauve parfum du Nord


Andy Julia


Dans l'inoubliable, cloué à des heures roses,
mon ombre bientôt d'arabesques et d'émeutes
l'immaculée, dans ta paume et muette
fallait-il encore des matins ahurissant d'aveux
pour se noyer dans un bain d'étreintes?

De solitude toutefois ne s'exhale l'heureux
une bouche orfèvre et lavande
comme une lèvre soustraite à l'otage
car l'imaginaire dessein
n'exauce jamais le réel en des tableaux radieux

La voilà l'histoire dans un orage étrange
nos avenirs trop courts et nuages
qui ne tiennent qu'à un fil de découdre
sont d'au-delà superbes et brûlants
dans l'orchestre pyromane des chairs